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Un chemin de foi…

Pour communiquer entre nous, pour nous faire comprendre, nous utilisons très souvent des expressions très imagées. On a recours aux analogies, aux métaphores. Le texte biblique y recourt aussi énormément. L’avantage, c’est que chacun peut comprendre: C’est imagé, illustré. Le désavantage, c’est que chacun peut le comprendre à sa façon. Mais est-ce un désavantage?

L’analogie de la vie par la foi et d’un chemin à emprunter est ce qui anime ma réflexion ces derniers temps. Je vous partage quelques bribes de ces réflexions non abouties. Il n’est donc pas question pour moi de poser ici une thèse infaillible, mais bien de partager tout haut mes pensées du moment. Entre amis, comme si nous étions en partage assis dans un fauteuil au coin d’un feu, un bon verre de Porto à la main, et quelques chocolats noirs à déguster… Bien installé(e)? Voici mon propos:

La Bible parle énormément de la vie par la foi comme d’un chemin. On dit d’ailleurs “marcher par la foi”. C’est une métaphore. Je pourrais rester assis physiquement à la même place et néanmoins marcher par la foi. Les pas que j’accomplis dans ma vie spirituelle se font d’ailleurs le plus souvent assis: Quand je médite la Bible, quand je prie. [Petite note perso pour mon ami qui avance assis – cf. son blog à découvrir ici – Tu avances peut-être assis, mais j’ai l’impression que tu marches plus vite que moi!]

La Bible utilise des métaphores, mais pas uniquement. Il y a aussi tellement de récits de vie. Abraham, Moïse, David, Jésus, et j’en ai passé tellement… Tous ces récits de vie, tous ces témoignages réels ont pourtant bel et bien un sens pour ma propre vie. Et pourtant, je ne vis pas à leur époque, je ne parcours pas les mêmes lieux, je ne rencontre pas les mêmes personnes… Et aucun d’eux n’avaient Internet (les pauvres! Comment ont-ils pu vivre sans?)

Tous ces récits de vie sont pourtant porteur de sens, ils m’animent spirituellement, ils deviennent un chemin pour ma propre vie. Ces récits réels deviennent eux-mêmes une analogie pour ma propre vie par la foi. Cela n’enlève pas l’historicité des récits, je le répète.

Ce qui m’interpelle alors, c’est de voir les différentes lectures que l’on peut faire de ces récits de vie. C’est vrai d’une confession à une autre, mais c’est vrai aussi au sein d’une même confession. Il suffirait de demander à plusieurs prédicateurs de prêcher sur un même récit, sans qu’ils se contactent pendant leurs propres recherches, temps de méditation, temps de rédaction de la prédication… et on aurait sans doute autant de lectures différentes du récit que de prédicateurs. En gros, ils seraient tous d’accord (j’espère), mais dans les détails, dans les accents mis sur telle partie du récit ou tel thème abordé, dans l’application personnelle, etc., il y aurait des différences.

Je connais une église qui a comme leitmotiv “nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais Christ crucifié et ressuscité”. Superbe leitmotiv. Rien à redire. Dans les faits, je crois quand même que chaque prédicateur prêche avec sa propre vision des choses, avec sa propre expérience de vie (ses combats, ses victoires, ses échecs…), et si la visée reste de prêcher Christ, il n’en demeure pas moins vrai que la prédication passant par le canal de notre propre existence unique en son genre, nous finissons par nous prêcher quand même un peu nous-mêmes aussi. Et je ne crois pas que ce soit un mal. C’est plutôt très positif, à mon sens.

Chaque évangéliste a voulu prêcher Christ, et pourtant, nous n’avons pas quatre fois le même évangile. Nous avons quatre évangiles où Christ est indéniablement au centre, mais quatre évangiles vivant aussi au rythme cardiaque, sentimental, etc. de chacun de ses auteurs. Et quelle richesse! Le même Christ, mais pas la même approche pour le faire connaitre. Eux-mêmes ne l’ont pas connu de la même manière…

Dans un monde où certains aimeraient qu’on soit tous coulés dans un même moule, en ayant une vérité absolue, une pensée unique… peu importe comment on l’appelle, cette conformité absolue, il est bon de réaliser qu’avec la Bible chaque chemin est différent, que chacun a une expérience de vie différente parce que personnelle et singulière, que chacun a une expression de sa propre foi qui est différente parce que personnelle et singulière…

Alors, non! Je ne suis pas en train de prêcher le relativisme: Je crois en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre (cf. ma profession de foi). Mais je crois aussi que chacun de nos chemins est différent, que nous avons une façon de marcher (= une expression de foi) qui peut être différente, que nous avons une lecture de la Bible qui peut être accentuée par ce chemin différent que j’emprunte, lui-même parcouru par ma façon bien à moi de marcher… et donc cette carte (la Bible – encore une analogie!) qui me conduit à Dieu reste la même carte pour chacun de nous, mais chacun y recherche les indices qui seront porteurs pour sa propre marche sur son propre chemin (son propre vécu).

(…)

Nous revoilà… au coin du feu, mon ami(e)… Le verre de Porto est vide, le chocolat n’a laissé que quelques miettes témoins de son passage – il était excellent comme toujours… Je te convie à une autre rencontre dans un prochain article pour aller plus en avant sur ce chemin (!) de réflexions… Bref, je te dis: “A bientôt!”

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Peut-on perdre son salut?

go001Houlà! Dans quoi est-ce que je m’engage avec cet article qui a fait couler tellement d’encre et qui a divisé tellement !?!

Alors, d’entrée de jeu, je le dis tout net: Pour moi, c’est une mauvaise question, à défaut d’être, dès le départ, une question piège.

J’ai la nette impression que Dieu balise dans les deux sens: et dans la direction du “oui, on peut perdre son salut” (je préfère le dire autrement, j’y reviendrai); et dans la direction du “non, évidemment, on ne peut pas le perdre”.

Je ne vais pas reprendre toute l’argumentation et tous les textes qui sont utilisés par les deux tendances.

Je crois que Dieu aime nous mettre en tension entre ce que les théologiens appelaient, il y a quelques années, le “déjà” et le “pas encore”. Nous connaissons tous (!) ces textes qui nous disent que nous sommes “déjà” en Christ, sauvés, lavés, que nos noms sont inscrits dans les Cieux, etc. Nous connaissons aussi tous (!) ces textes qui font appel au “pas encore”, où il est question de travailler à son salut, d’achever la course, etc.

Je crois que cette question se situe dans ce cadre-là: L’œuvre du Saint-Esprit change immédiatement notre identité à la conversion. Nous devenons fils/filles de Dieu. Mais l’œuvre de l’Esprit se poursuit toute la vie. C’est comme si nous apprenions véritablement à être au quotidien ce que nous sommes déjà, à porter le fruit de l’Esprit plutôt que le nôtre, etc.

La question de “perdre son salut” est à mon sens une mauvaise question, parce qu’elle dirige dans une direction qui ne me semble pas juste. C’est comme si devant deux routes, on posait la question de savoir si on en prend une troisième qui n’existe pas. La question qui me semble plus importante, au lieu de celle-là est plutôt quelque chose comme: Est-ce que je continue à vivre ma nouvelle identité en Christ?

Je ne considère pas, dès lors, le salut comme un point sur une ligne du temps (le moment de ma conversion, de mon “oui” à Dieu, au sacrifice du Christ, etc.), mais une ligne du temps à partir d’un point précis (qui débute au moment de ma conversion): Je suis déjà sauvé, mais ce salut se renouvelle chaque instant (comme le besoin de conversion – d’où l’institution de la Cène par Jésus, pour revenir au sacrifice régulièrement). Il y a un déjà, mais aussi un pas encore “accompli, achevé…”

La grande question qui reste: Y a-t-il eu véritablement point de départ (une conversion – œuvre de l’Esprit Saint) au départ de cette nouvelle ligne du temps, ou est-ce que ce n’était qu’une adhésion “intellectuelle” ou “sentimentale” ou…, donc tout humaine? A mon sens, c’est là que l’on doit chercher quand il s’agit d’expliquer pourquoi certaines personnes hyper-engagées dans l’église ne sont plus “nulle part” (mais qu’en sais-je après tout?) au niveau de la foi.

Pour illustrer notre difficulté à comprendre pourquoi certains hyper-engagés semblent quitter la foi: Si Jésus dira un jour: “Je ne vous ai jamais connu” (Mt.7.21ss) , le jamais me dit qu’ils ne se sont jamais vraiment convertis (Jésus ne les a jamais rencontrés!), et nous, comme les ouvriers de la parabole, nous avons interdiction d’arracher, ce n’est évidemment pas notre rôle (et heureusement!)… mais cela nous permet de comprendre pourquoi l’ivraie semblable au blé, quand elle est en communauté de blé, peut retourner vivre avec ceux qui ont effectivement la même identité qu’elle…

Ce n’est évidemment que mon petit point de vue, merci de ne pas me lapider trop vite! (Sujet sensible oblige).